Grande victoire pour la cause sahraouie. Le Congrès espagnol a adopté ce jeudi 10 septembre à une large majorité le projet de loi sur la nationalité sahraouie, après plusieurs mois de débat et de tergiversations de la part du gouvernement socialiste dirigé par Pedro Sanchez. Une adoption qui intervient en pleine crise avec le régime du Makhzen.
Cette loi concernera les personnes nées dans l'ancienne colonie espagnole avant 1977 ainsi que leurs descendants.
Une très large majorité au Congrès devrait approuver la version finale du projet de loi qui accordera enfin la nationalité espagnole à environ 70 000 Sahraouis.
Ce projet de loi rappelons- le, a été défendu par la coalition Sumar pour le compte du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) tout au long de la législature, intervient à un moment particulièrement délicat en raison de la crise avec le Maroc suite à l'invasion migratoire de l'enclave espagnole de Ceuta, orchestrée par les services de renseignements du régime du Makhzen.
Ce mercredi 9 septembre, le gouvernement espagnol a déclassifié des rapports sur l'exode massif et a confirmé non seulement les avertissements émis par le Centre national de renseignement (CNI), mais aussi que Rabat avait baissé sa garde avant et après l'offensive.
Le revirement de l'aile socialiste du gouvernement sur cette question – son vote contre l'inscription du texte au débat et son blocage pendant des mois – a été vivement critiqué par tous les groupes parlementaires, de droite à gauche. Ni le Parti populaire (PP), ni Junts, ni Podemos, ni Bildu, ni ERC, ni le Parti nationaliste démocrate (PNV) n'ont ignoré, dans leurs interventions, le changement unilatéral opéré par Sánchez en mars 2022, qui a fait sortir l'Espagne de sa position historique de neutralité vis-à-vis du Sahara Occidental.
En juin, un mois avant l'arrivée massive de réfugiés à Ceuta, le PSOE a changé de position et décidé de faire adopter la loi. Le débat s'est tenu en présence, entre autres, du représentant du Front Polisario en Espagne, Abdallah Arabi. Il a été marqué par la tension, compte tenu du contexte diplomatique difficile avec le Maroc, lui aussi inquiet de l'avancement du projet.
Cette initiative, qui concernera les personnes nées dans l'ancienne colonie espagnole avant 1977 et leurs descendants, ne rencontrera d'opposition que de la part de Vox et, vraisemblablement, l'abstention du PP. Le texte sera maintenant soumis au Sénat pour ratification finale.
Ainsi, malgré le changement de position du Parti socialiste, la Chambre a une fois de plus démontré l'isolement de Sánchez au Congrès sur la question marocaine. Ses partenaires de coalition avaient déjà souligné cet isolement lors de son audition devant le Congrès début septembre, lorsqu'il avait refusé d'imputer la moindre responsabilité à Rabat dans les événements de Ceuta.