Par Hanane Ben
Féroce et sans concession envers le chef du gouvernement Sánchez, une grande partie de la presse espagnole ne cesse d’énumérer les actes de capitulation du gouvernement en faveur du Makhzen.
Une hostilité exacerbée par les tensions frontalières et l'octroi répété de fonds publics espagnols au régime du Makhzen. Dernier grief en date : le financement par Madrid d'infrastructures marocaines en vue du Mondial 2030, perçu par les opposants comme le symbole d'une soumission économique et diplomatique.
Le site d’information The Objective, a révélé une plongée dans les comptes publics espagnols, démontrant que Madrid finance des projets marocains liés au Mondial 2030, alors que l'Espagne en est le co-hôte. Le journal s’est appuyé sur la base de données nationale des subventions du ministère espagnol des Finances pour dénoncer l'attribution de fonds publics espagnols au Maroc.
Des subventions financières sans contrepartie
La presse espagnole a dressé un inventaire précis des financements espagnols et européens alloués au Maroc, qu’il s’agisse de crédits d’infrastructure ou de subventions directes.
Au premier plan figurent deux investissements massifs octroyés via les crédits espagnols FIEM (Fonds pour l'internationalisation de l'entreprise) : une enveloppe colossale de 755 millions d’euros accordée en 2025 pour l’achat de locomotives, ainsi qu'un montant d'environ « 340 millions d'euros d'argent public » destiné à « l'usine de dessalement de Casablanca ».
Ledit journal intègre ce projet à sa critique en accusant Madrid de subventionner indirectement la candidature du Maroc pour obtenir le match de la finale face à l'Espagne. Pour ce média, le constat final est limpide : « ils se portent candidats, mais c'est nous qui payons ».
À ces chantiers industriels s'ajoutent les subventions sans contrepartie versées par l’Agence espagnole de coopération internationale (AECID), dont une enveloppe globale estimée à 475 000 euros (comprenant une première tranche de 275 000 euros) versée à l'organisation espagnole ONCE. Officiellement destinée à la « promotion de l'inclusion des personnes handicapées (...) dans le tourisme », cette somme sert selon le journal à financer les critères d'accessibilité des futures villes hôtes marocaines pour le Mondial 2030.
Les médias espagnols ont également, mis à nu, plusieurs subventions plus ciblées qui illustrent le caractère incongru de cette aide : 780 000 euros pour « l'artisanat du cuir et les paysages à Tétouan » (2026), 500 000 euros dédiés à la « santé sexuelle et reproductive des migrants » (2026), 300 000 euros pour la «redevabilité en matière d'égalité» (2025), et enfin 250 000 euros versés fin 2025 pour lutter contre une plaga de cochenilles à l’aide d'une «pomada negra» (pommade noire).
Enfin, bien que les montants exacts ne soient pas chiffrés, les médias englobe dans cette dynamique de dépenses les contributions financières « très substantielles » de communautés autonomes comme l'Andalousie, ainsi que les fonds européens promus par Nadia Calviño pour la construction du nouveau tramway de Rabat.
L'arme migratoire et la diplomatie de la soumission
Sur le plan géopolitique, le journal fustige les « conneries internationales de Sánchez », accusant le chef du gouvernement d'avoir coupé les ponts avec l'Algérie, « principal fournisseur de gaz de l'Espagne, en cédant le Sahara Occidental au Maroc ».
Face à ce revirement historique et à la gestion des crises migratoires à Ceuta, les médias dénoncent « une situation d'immense faiblesse » et s'indignent de voir l'Espagne tolérer les agressions marocaines à ses frontières avec « une soumission impossible à expliquer par le bon sens », devant une Europe qui laisse faire en toute impunité.
Pour la presse, le gouvernement espagnol est devenu l'« otage » d'accords, d'intérêts ou de compromis avec le Maroc, s'enfermant dans une diplomatie qui, loin de dissuader, se traduit par de continuelles concessions à l'agresseur.
Le journal s'interroge ainsi sur les raisons profondes de cette « complaisance » et dénonce la capacité de Rabat à « provoquer un effondrement de nos frontières » en utilisant sciemment l'immigration de masse comme une arme géopolitique.
Pour ce faire, le Maroc instrumentalise le « bonisme politique » et la défense des droits des immigrés occidentaux pour court-circuiter la souveraineté espagnole.
Constatant la « fragilité croissante de notre système frontalier », le journal pose finalement une double question : pourquoi l'Espagne maintient-t-elle des relations diplomatiques inchangées avec un tel agresseur, et comment sa capacité de réponse a-t-elle pu à ce point s'affaiblir ?