Par Hanane Ben

Alors que la coupe du monde de la FIFA 2026 bat son plein, de nombreuses manifestations citoyennes dénoncent les organisations sportives mondiales à l'image de la FIFA et leur silence face à la cause palestinienne.

Ce contraste entre la célébration festive du football et les réalités géopolitiques met en lumière un débat récurrent sur le rôle des instances sportives internationales.

L'argument officiel consistant à maintenir le football au-dessus des divisions politiques pour préserver l'universalité du sport, ne convainc plus personne.

Les critiques pointent la rapidité avec laquelle la FIFA et l'UEFA ont pris des sanctions sportives et politiques strictes à l’encontre des équipes russes, tout en restant très en retrait ou en prônant une stricte neutralité politique lorsqu'il s'agit du conflit israélo-palestinien.

Pis encore, un récent rapport intitulé « Au-delà de la ligne verte : Les clubs des colonies israéliennes en Palestine occupée », publié conjointement par l'organisation britannique Palestine Solidarity Campaign (PSC), l'organisation Red Card Israeli Racism et d'autres coalitions de défense des droits des Palestiniens, a révélé que les clubs sportifs de l’entité sioniste ont augmenté en nombre, en taille et en importance sous la direction actuelle de la FIFA et de l'UEFA.

Ce rapport vise à interpeller la FIFA et l'UEFA sur le statut de ces clubs, activant sur les territoires palestiniens occupés et le plateau du Golan occupé en Syrie et qui reçoivent des millions de dollars de financement de la part de la Fondation de l'UEFA et du gouvernement américain.  

Alors qu'elle prétend mener une enquête à leur sujet, la FIFA diffuse leurs matchs sur sa plateforme de streaming FIFA+. Des joueurs et des équipes de ces colonies illégales participent également aux compétitions de l'UEFA.

Cette indignation se traduit sur le terrain. À Toronto, à la veille du premier match du Canada le vendredi 12 juin, une large banderole rouge a été déployée près d'une autoroute pour masquer le logo de la Coupe du monde et dénoncer la complicité de la FIFA avec l’entité sioniste.

Les militants pour la cause palestinienne pointent du doigt l'absence de sanctions contre l'État hébreu — pourtant non qualifié pour la compétition —, une passivité qui contribue selon eux à invisibiliser les souffrances en Palestine.

Le comité national palestinien de la campagne BDS appelle à utiliser la vitrine médiatique de la Coupe du monde de football pour contester l'ordre américano-sioniste et le déni du droit à l'autodétermination.

Le mouvement exhorte à politiser cet événement sportif mondial afin de dénoncer l'action des États-Unis, pays hôte, qu'il désigne comme le principal soutien militaire et financier de la politique israélienne à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Iran. Pour BDS, les stades et le football ne sauraient faire oublier ou masquer les réalités politiques et les luttes en cours.

Un avis partagé par Jill Thomson, une chercheuse et journaliste d'investigation écossaise ainsi qu'une militante active au sein de l'organisation Scottish Sport for Palestine. Selon elle,  l'intégration des clubs israéliens par la FIFA et l'UEFA normalise et encourage directement l'accaparement de terres en Palestine et au Golan.

Elle affirme que ces instances sportives favorisent la colonisation en facilitant le transfert de populations civiles, notamment des joueurs et leurs familles, vers ces territoires occupés.

L'autrice accuse la FIFA et l'UEFA de participer activement à l'instauration d'un système d'apartheid à l'encontre des Palestiniens, en légitimant des structures de football ségrégatrices directement établies sur leurs terres.

Visé par une plainte pour « complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité » devant la Cour pénale internationale (CPI) — initiée par des clubs d’athlètes et des ONG palestiniennes —, Gianni Infantino a tenté de désamorcer la crise. Il a annoncé un investissement de 75 millions de dollars dans des infrastructures sportives à Gaza par l’intermédiaire d’un « Conseil de la paix », une initiative qualifiée de coquille vide.

En réalité, il s’agit bel et bien d’un projet qui s'inscrit dans l'alignement de la FIFA sur la politique de Donald Trump — à qui elle a décerné le « prix FIFA de la paix » en décembre dernier — et sur des plans de reconstruction exubérants. Ces derniers visent à transformer le territoire palestinien de Gaza en un eldorado touristique, une vision qui sous-entend, en toile de fond, le déplacement massif de sa population.