Les Emirats sont de nouveau au cœur des réseaux d’armement et des agendas alimentant plusieurs conflits en Afrique, notamment à travers le soutien à des forces armées, alors que le conflit au Soudan continue de faire des milliers de morts et provoquer le déplacement de millions de personnes.

Dans un rapport publié mardi, le quotidien kényan "The EastAfrican" fait état de la poursuite de l’acheminement d’armes et d’équipements militaires étrangers aux Forces de soutien rapide (FSR), sur fond d’aggravation de la catastrophe humanitaire et d’intensification des violences contre les civils.

Intitulé "Charities call for aid to Sudan’s vulnerable" (Des organisations caritatives appellent à l’aide pour les populations soudanaises vulnérables), le rapport s’appuie notamment sur les conclusions d’une enquête soutenue par les Nations unies sur les réseaux étrangers fournissant armes, équipements et expertise militaire aux parties engagées dans le conflit.

Menée par des enquêteurs indépendants mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, cette enquête fait état d’un soutien important apporté par des "individus et entités" basés aux Emirats aux Forces de soutien rapide, alors que les attaques de drones à longue portée contre les civils se multiplient. 

Le quotidien cite également Amnesty International, qui dénonce la poursuite des transferts d’armes étrangères vers le Soudan. 

L’organisation affirme avoir documenté des équipements militaires modernes fabriqués ou acheminés depuis plusieurs pays, dont les Emirats, estimant que l’ampleur, la durée et l’intensité du conflit seraient difficilement envisageables sans cet afflux continu.

Ces éléments mettent en évidence le rôle des soutiens extérieurs dans la prolongation du conflit au Soudan, alors que les livraisons d’armes se poursuivent malgré l’embargo imposé au Darfour.

Les conséquences du conflit dépassent désormais les frontières du Soudan, alimentant les déplacements de populations et aggravant la crise humanitaire dans la région.

Cependant, et au-delà du cas soudanais, cette implication s’inscrit dans une dynamique plus large relevée par plusieurs travaux récents.

Dans une analyse intitulée "The Destabilising Role of the United Arab Emirates in African Conflicts" (Le rôle déstabilisateur des Emirats arabes unis dans les conflits africains), l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) présente les Emirats comme "l’un des acteurs extérieurs les plus agressifs" dans les conflits africains, notamment en Ethiopie, en Libye, en Somalie et au Soudan.

Au Soudan, les chercheurs décrivent Abou Dhabi comme un soutien militaire, logistique et financier majeur des Forces de soutien rapide.

Selon eux, son intervention repose non seulement sur un appui direct, mais aussi sur un réseau transfrontalier utilisant des itinéraires logistiques à travers plusieurs zones instables du continent.

Cette stratégie privilégie, d’après les auteurs, le recours à des partenaires locaux et à des groupes armés plutôt qu'au déploiement direct de forces émiraties. 

Les FSR au Soudan, des forces spéciales en Libye et d’autres unités en Somalie figurent parmi les principaux acteurs locaux associés à ces réseaux.

Les chercheurs estiment que ces interventions contribuent à modifier les rapports de force par la voie militaire et à approfondir les divisions internes.

Ils mettent également en évidence des réseaux permettant le transport de fournitures, de combattants et d’équipements militaires à travers plusieurs pays africains, ainsi que des intérêts économiques liés aux ressources provenant des zones de conflit, notamment l’or soudanais.

Le soutien extérieur aux acteurs armés contribue ainsi, selon le SWP, à leur permettre de poursuivre leurs objectifs par la force, à prolonger les conflits, à consolider les économies de guerre et à fragiliser les institutions étatiques.

Le Centre allemand estime dès lors que les Emirats ne constituent plus un partenaire fiable dans les efforts de prévention et de règlement des conflits en Afrique, leur action contribuant au contraire à aggraver certaines dynamiques conflictuelles.

Cette approche se retrouve également au Yémen. Dans une analyse publiée par Middle East Research and Information Project (MERIP) sous le titre "Yemen After the Split "(Le Yémen après la division), la chercheuse Susanne Dahlgren estime que l’intervention émiratie a contribué, au fil des années, à approfondir les divisions et à attiser les tensions.

Abou Dhabi s’est notamment appuyé, selon elle, sur des réseaux politiques et sécuritaires locaux servant ses intérêts, renforçant les clivages internes, alimentant le conflit et entravant les efforts en faveur d’un règlement durable.

Du Soudan au Yémen, en passant par la Libye et la Somalie, ces différentes analyses font ainsi ressortir un mode d’intervention fondé sur le soutien à des acteurs locaux, les réseaux d’approvisionnement et l’appui politique, sécuritaire et financier.

Une telle approche contribue à renforcer les capacités des groupes armés, à prolonger les conflits et à fragiliser les institutions des Etats concernés, faisant des Emirats un acteur dont les interventions participent à l’entretien de plusieurs foyers de tension en Afrique et dans son environnement régional.