Le Maroc est de nouveau au centre des interrogations concernant la présence sur son territoire de narcotrafiquants recherchés par la justice européenne. Plusieurs affaires impliquant des ressortissants belges d’origine marocaine, condamnés à de lourdes peines pour des faits liés au trafic de stupéfiants, soulèvent des questions sur les mécanismes d’extradition et la coopération judiciaire entre Rabat et les pays européens.
 
Parmi les affaires évoquées figure celle de Mounir « Gino » El Bartali, recherché par la justice belge et condamné à des peines cumulées de 52 ans et demi de prison dans plusieurs dossiers liés au trafic de drogue et à la corruption. Il est également cité dans une enquête portant sur le vol d’environ 800 kilogrammes de cocaïne. Après avoir quitté Dubaï en 2024, il se serait installé au Maroc, où il aurait séjourné dans plusieurs villes.
 
Un autre cas concerne Younes El Balouti, surnommé « El Magico », condamné en Belgique à des peines cumulées dépassant 20 ans de prison dans différentes affaires de trafic de stupéfiants. Libéré en août dernier d’une prison marocaine après avoir purgé une peine liée à l’utilisation d’un faux passeport, il fait également l’objet d’interrogations concernant les suites judiciaires des condamnations prononcées à son encontre en Belgique.
 
Ces affaires mettent en lumière les difficultés rencontrées par les autorités européennes pour obtenir le transfert de personnes recherchées ou condamnées lorsqu’elles se trouvent à l’étranger. Les différences entre les législations nationales, notamment en matière d’extradition des ressortissants, peuvent compliquer l’exécution des décisions judiciaires.
 
La Belgique aurait notamment transmis aux autorités judiciaires marocaines, fin 2025, des dossiers concernant Younes El Balouti afin que des poursuites puissent être engagées sur place. Les suites de ces procédures restent cependant incertaines.
 
Au-delà des cas individuels, ces situations mettent en lumière les graves défaillances de la coopération judiciaire marocaine face aux réseaux de criminalité organisée.
 
Le refus du Maroc de coopérer pleinement avec les autorités judiciaires européennes et de remettre les narcotrafiquants recherchés à la justice soulève de sérieuses interrogations sur sa volonté réelle de participer à la lutte contre le crime organisé transnational. Alors que les réseaux de trafic de stupéfiants étendent leurs ramifications bien au-delà des frontières marocaines, l’absence de coopération judiciaire effective risque de compromettre les enquêtes, d’entraver les procédures et de faire obstacle à l’exécution des décisions de justice européennes.
 
Cette attitude est susceptible d’offrir aux réseaux criminels des marges de manœuvre supplémentaires et de favoriser leur échappatoire à la justice. Face à une criminalité qui ne connaît pas de frontières, le refus de coopérer ne peut être réduit à une simple divergence juridique. Il engage la responsabilité du Maroc et pose une question fondamentale : comment prétendre combattre efficacement les réseaux internationaux de narcotrafic lorsque la coopération judiciaire avec les États qui recherchent leurs membres fait défaut ?
 
Rasha Selmi