Par Hanane Ben

Tandis que les marocains célébraient la victoire de leur équipe à la Coupe du monde dans le Sahara occupé, de jeunes Sahraouis ont abaissé le drapeau marocain et hissé celui de la République sahraouie, rappelant à l'occupant qu'il n'aura jamais sa place dans une terre qui ne lui appartient pas.

Cet acte courageux s’est produit dans un établissement scolaire où les militants sahraouis ont signifié au Makhzen qu’en dépit des tractations diplomatiques pour imposer le plan marocain, les Sahraouis n’entendent qu’une chose : l’indépendance et le droit à l’autodétermination. Et cet incident scolaire rappelle une vérité immuable : aucun accord diplomatique, aucune reconnaissance unilatérale de souveraineté ne pourra effacer la légitimité d'un peuple à disposer de lui-même.

Devant le lobbying du Makhzen à l’ONU et au sein de l’Union européenne pour rattacher le Sahara Occidental au Maroc, la voix du peuple sahraoui paraît inaudible, voire étouffée. Mais cela ne veut pas dire que sur le terrain, rien ne se fait. Bien au contraire. La détermination de la jeunesse sahraouie continue de défier l'autorité coloniale. En arborant leurs couleurs, ces jeunes prouvent que la flamme de la résistance est loin de s'éteindre et que la quête de liberté ne se négocie pas.

Ce geste n’est d’ailleurs pas fortuit. Il a coïncidé avec le déplacement du nouvel ambassadeur de France au Maroc, à Laâyoune. La réponse des Sahraouis est claire : ni les manœuvres de Paris et de Rabat ni le silence imposé par les chancelleries internationales — dont les intérêts économiques liés au royaume chérifien font s'effacer le droit international — ne changeront pas la donne.      

D’un autre côté, le forcing de Donald Trump pour obliger les Sahraouis à accepter le plan d'autonomie marocain ne tient plus. Aujourd'hui empêtré dans les complications de la guerre au Moyen-Orient et confronté à de vives tensions avec le Congrès américain concernant ses prérogatives militaires et budgétaires, le président américain n'a plus les coudées franches pour imposer ses deals unilatéraux. Cette fragilisation de l'agenda de Washington fragilise par ricochet la stratégie marocaine.

Ce rappel de la jeunesse montre que le Sahara Occidental reste le dernier territoire non autonome d'Afrique en attente de décolonisation. Face à l'inertie d'une ONU parfois complice d'un déni de justice qui dure depuis des décennies, le Front Polisario et ses soutiens continuent de s'appuyer sur la légalité internationale et les résolutions onusiennes, qui préconisent l'organisation d'un référendum d'autodétermination pour permettre au peuple sahraoui de choisir librement son destin.

La nouvelle génération de Sahraouis, contrairement à leurs aînés qui ont parfois cru aux promesses des processus de paix, n'a plus peur. Nés sous l'occupation, ces jeunes redéfinissent le combat par leur courage spontané : il ne s'agit plus seulement d'une guerre de tranchées ou de débats juridiques, mais d'une bataille culturelle et identitaire quotidienne pour préserver l'âme de leur patrie.