L’armée soudanaise a annoncé, samedi, avoir repoussé une attaque menée par les Forces de soutien rapide (FSR) et le mouvement allié SPLM-Nord contre la zone d’« Amoura », située dans l’État du Nil Bleu, à l’extrême sud-est du pays.
Dans un communiqué, l’armée a affirmé que « les soldats de la 13e brigade d’infanterie ont remporté une nouvelle victoire après avoir réussi à repousser une attaque lancée par la milice des Forces de soutien rapide contre la région d’Amoura, dans l’État du Nil Bleu ».
Elle a ajouté que ses forces « ont déjoué le plan des assaillants et les ont contraintes à battre en retraite sous l’effet de frappes ciblées ».
Située dans la province de Qeissan, à proximité de la frontière avec l’Éthiopie, la région d’Amoura est considérée comme stratégique. Elle a récemment acquis une importance croissante en raison de sa position clé dans une zone marquée par une intensification des affrontements.
Cette nouvelle escalade intervient dans un contexte de guerre prolongée au Soudan, où les affrontements continuent de s’étendre à de nouveaux fronts, sans qu’aucune des parties ne parvienne à imposer une victoire militaire décisive.
Selon le Dr Ahmet Yacoub Dabio, expert en gestion des conflits et président du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme, les récents combats dans l’État du Nil Bleu illustrent la complexité croissante du conflit soudanais.
L’expert estime que l’annonce par l’armée du rejet de cette offensive, menée selon Khartoum par les FSR et des factions alliées du mouvement dirigé par Abdelaziz al-Hilu, témoigne d’une extension progressive des hostilités vers le sud du pays, malgré les déclarations répétées de victoires militaires de part et d’autre.
Par ailleurs, l’armée soudanaise affirme qu’un commandant des FSR se serait rendu dans l’État du Nord-Kordofan. Si cette information venait à être confirmée, elle pourrait, selon l’expert, refléter des signes d’essoufflement au sein de certaines unités des FSR, confrontées à un conflit qui s’enlise depuis plus de trois ans. Toutefois, des redditions isolées restent insuffisantes pour modifier fondamentalement l’équilibre stratégique de la guerre.
L’ouverture d’un nouveau front dans le Nil Bleu montre également que le conflit soudanais ne se limite plus à un affrontement entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide, mais implique désormais plusieurs groupes armés aux agendas divergents, compliquant davantage toute perspective de règlement politique.
« Plus le conflit se prolonge, plus le risque de voir le pays s’enfoncer dans une fragmentation durable s’accroît, avec des zones d’influence contrôlées par différents acteurs armés », avertit le Dr Dabio.
Pendant ce temps, la population soudanaise continue de payer le prix le plus lourd du conflit, à travers les déplacements massifs, une crise humanitaire persistante, l’effondrement des services publics et la dégradation progressive de l’économie nationale.
Au-delà des gains territoriaux revendiqués par les belligérants, la véritable interrogation reste, selon l’expert, la capacité du Soudan à résister à une guerre qui fragilise chaque jour davantage les fondements de l’État et la cohésion nationale.
Racha Selmi