L'adoption par le Parlement européen d'une résolution condamnant les attaques des Forces de soutien rapide (FSR) contre la ville d'El-Obeid, au Soudan, constitue un nouveau développement dans le traitement international du conflit soudanais. Mais l'élément le plus marquant de ce texte est sans conteste la condamnation explicite des Émirats arabes unis pour leur soutien aux FSR, une première au sein d'une institution européenne.
Cette prise de position intervient alors que la guerre entre l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide est entrée dans sa troisième année, provoquant une catastrophe humanitaire majeure et une déstabilisation croissante de la Corne de l'Afrique et de la région sahélo-saharienne.
Sur le plan politique, la résolution du Parlement européen traduit une évolution du regard occidental sur les responsabilités extérieures dans le conflit. Jusqu'à présent, les partenaires occidentaux s'étaient montrés relativement prudents à l'égard d'Abou Dhabi, acteur incontournable au Moyen-Orient et partenaire stratégique de plusieurs pays européens dans les domaines économique, énergétique et sécuritaire.
En désignant explicitement les Émirats arabes unis, les eurodéputés franchissent un cap politique important. Ils reconnaissent implicitement que la poursuite de la guerre au Soudan est également alimentée par des soutiens régionaux et que toute solution politique durable passe par une responsabilisation des acteurs extérieurs impliqués dans le conflit.
Cette résolution, bien que non contraignante juridiquement, pourrait avoir des répercussions diplomatiques significatives. Elle risque d'accroître la pression internationale sur Abou Dhabi et de renforcer les appels à des enquêtes indépendantes sur les flux d'armes et les soutiens financiers dont bénéficieraient les Forces de soutien rapide.
Elle pourrait également encourager d'autres institutions européennes et internationales à adopter une ligne plus ferme vis-à-vis des acteurs régionaux accusés d'alimenter le conflit soudanais.
Au-delà de la seule question soudanaise, ce vote révèle une volonté de l'Union européenne de réaffirmer son rôle diplomatique dans une région où son influence a considérablement reculé au profit des puissances régionales et des acteurs internationaux.
Reste à savoir si cette condamnation politique sera suivie d'initiatives concrètes et d'une stratégie diplomatique cohérente susceptible de contribuer à un règlement du conflit. Car, sans une pression réelle sur l'ensemble des parties prenantes, internes comme externes, les perspectives d'une sortie de crise au Soudan demeurent encore lointaines.
Rasha Selmi