Par Dr. Benali
La DZ Mafia, dont l’émergence comme marque s’est cristallisée entre 2021 et 2022 dans les prisons, n’est pas la finalité du discours. Elle en est le moyen et l’épouvantail commode d’une criminalité présentée comme «exogène».
Elle ne relève pas du transfert d’une criminalité extérieure, mais résulte d’une compétition sauvage exacerbée par le retrait institutionnel.
Le nom devient ainsi une «Marque de fabrique» destinée à masquer les échecs des politiques publiques locales, de la sécurité et de l’intégration en France et à combler le vide laissé par la défaillance des structures de l’État.
Le narcobanditisme devient alors le prétexte idéal pour cristalliser les tensions sur un acteur extérieur, libérant ainsi l’État français de sa propre responsabilité devant ses citoyens.
Dès lors, un phénomène essentiellement enraciné dans les dynamiques du narcotrafic marseillais peut être réinterprété à travers le prisme d’une menace supposément extérieure, au risque d’occulter ses causes locales, structurelles et historiques, dont la question de l’intégration.
Mais lorsqu’une obsession se mue en fixation et devient une grille de lecture exclusive, elle conduit à prendre les mirages pour des réalités et les fantasmes pour des faits, jusqu’à croire qu’il n’existe de vérité que dans le désert des Émirats arabes de Tag3ane où le blanchiment bat son plein ou chez «Escobar du Sahara du makhzen», comme si les causes les plus proches devaient toujours être dissimulées derrière les horizons les plus lointains.
Face à ce narratif artificiellement construit par une partie de la sphère politico-médiatique française, l’usage des outils de vérification devient indispensable.
L’objectif n’est pas de défendre la DZ Mafia, mais d’examiner les faits au-delà des constructions discursives qui tendent à présenter l’Algérie comme un sanctuaire du narcobanditisme ou comme le refuge privilégié de certains de ses membres.
Il s’agit, au contraire, de confronter les allégations aux réalités observables et d’identifier les mécanismes de réorientation du récit.
Pour rester dans le cadre de la visite en Algérie de Darmanin, ayant été lui-même Arbitre de la Fédération Française de Football avant l’an 2000, il paraît opportun de recourir à la VAR (Valuable Algerian Reaction) afin de revisiter la rencontre diplomatique algéro-française et de déterminer où se trouvent les hors-jeux narratifs, les fautes de raisonnement, les tartuferies et les éventuelles simulations politiques, comme suit :
a- La volonté de «surdimensionner» cette «Marque» se heurte à une réalité mathématique révélatrice. En avril 2024, Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, évaluait le chiffre d’affaires global du marché de la drogue pour la France à «plus de 6 milliards d’euros», alors que la valeur totale du narcotrafic en France était estimée entre 3 milliards et 6 milliards d’euros par an, selon le rapport 2024 du Sénat.
Or, en novembre 2025, il affirma, en sa qualité de Garde des Sceaux que «La DZ Mafia fait sans doute entre 5 et 6 milliards d’euros d’argent liquide».
Cette équation s’avère incompatible avec les données de l’Office antistupéfiants (Ofast) qui, dans son rapport 2025 sur «l’état de la menace», a évalué l’ensemble du marché de la cocaïne en France à 7 milliards d’euros, répartis sur 2 729 points de deal et de multiples réseaux territoriaux-. Prétendre qu’une seule organisation capte la quasi-totalité de la valeur nationale relève d’une distorsion statistique.
Cette asymétrie discursive répond à une logique de dramatisation pour servir un dessein stratégique : En érigeant un réseau de gang local en puissance économique, le discours légitime l’adoption de mesures d’exception et vise à accentuer « la pression diplomatique » sur l’Algérie.
Darmanin n’est pas à sa seule incohérence arithmétique en instrumentalisant les chiffres. Je me souviens du fiasco sécuritaire au Stade de France lors du match Real Madrid-Liverpool, tenu le samedi 28 mai 2022, quand Darmanin avait incriminé une fraude massive et la présence de 30 000 à 40 000 supporters britanniques munis de faux billets ou sans, évoquant ainsi une menace de «hooliganisme».
Mais la réalité des faits a démonté cette manipulation statistique. Les enquêtes sénatoriales, les rapports de l’UEFA et les témoignages ont rapidement démontré que ce chiffre était largement infondé. Le chaos était principalement dû à des défaillances organisationnelles et à des agressions commises par des délinquants locaux.
Toutefois, Darmanin a vu juste lorsqu’il avait, à la fin du discours de la passation de pouvoir avec le ministre de l’Intérieur Retailleau, le 23 septembre 2024, soulevé une question d’intégration et d’algérophobie qui ne plait certainement pas à Mr. Chocolat (pseudo de Retailleau dans les coulisses) et à la droite droitisante.
En effet, il a terminé sa prise de parole en rappelant ses origines comme suit: «Il est assez évident, si nous sommes honnêtes, que si je m’étais appelé Moussa Darmanin, je n’aurais pas été élu maire et député, et sans doute n’aurais-je pas été ministre de l’Intérieur du premier coup.» Une déclaration qui explique que la question de l’intégration, la dépravation et la délinquance juvénile sont les conséquences des politiques des dirigeants de la France
Mais, il avait oublié de nous dire aussi qu’il n’aurait jamais été « arbitre habilité par la Fédération Française de Football (FFF) à diriger des rencontres du championnat national des moins de 19 ans (U19) s’il n’avait pas changé son prénom ; et d’avoir dit avant 2000 : « Plus tard, je serai arbitre professionnel ou président de la République ».
b- L’allégation qu’avance et la question que se posent plusieurs milieux français: «L’Algérie est l’un des derniers endroits où les narcotrafiquants peuvent se réfugier »: «la DZ Mafia organiserait-elle en partie son trafic depuis l’étranger ?»
Concernant les allégations faisant de l’Algérie un prétendu refuge pour les membres de la DZ Mafia: Ces accusations invitent à examiner avec davantage de rigueur les informations diffusées par certains médias et responsables français. Ceux-ci présentent régulièrement Mehdi Laribi, (dit Tic ou Rachitic), comme le chef de la DZ Mafia se réfugiant en Algérie.
Il est utile de rappeler qu’au moment de la « création en prison de la coalition DZ Mafia par des chefs de bandes narcobaditistes (Mamine, Gaby et la Brute) déjà emprisonnés », Rachitic était en, 2023, en Thaïlande avec son ex-ami Félix Bingui, alias le Chat ou Féfé, chef du clan Yoda qui partageait avec lui les points de deals. Mais suite à une altercation la même année dans un « établissement de spectacles » à Phuket (Thaïlande) entre Félix Bingui et Abdelatif Medhi Laribi, la guerre commença entre les éléments des deux personnes activant à Marseille. Laribi, en position de faiblesse dans la ville phocéenne, craignant le pire, a rejoint la coalition de la DZ Mafia ; ce qui a affaiblit le groupe Yoda.
Cela tend à démontrer que les centres de gravité de ce réseau criminel se situent davantage dans les prisons françaises et dans certains hubs internationaux, tels les Emirates, le Maroc ou la Thaïlande, que sur le territoire algérien.
Si Tic a été en Algérie, il aura le même sort que Mohammed Djeha, alias «Mimo» dès son entrée en Algérie.
Ainsi, « L’Algérie est l’un des derniers endroits où les narcotrafiquants peuvent se réfugier » est démonté par l’adage دخول الحمام ليس كخروجه (l’entrée au hammam est facile, en sortir c’est problématique).
L’histoire du franco-algérien Mohammed Djeha Idri, alias «Mimo», «Papipaolo» ou «Suarez», considéré par les autorités françaises comme un criminel du «haut du spectre», est emblématique.
Après avoir régné sur les réseaux de Marseille depuis ses penthouses dorés de Dubaï, orchestré des trafics internationaux à travers l’Espagne et la Belgique, et se rendre au Maroc sans jamais être inquiété, «Mimo» croyait trouver en Algérie le sanctuaire ultime.
Mais à Oran, la réalité l’a rattrapé, transformant sa cavale dorée en un aller simple pour la cellule le 15 juin 2023. Mohamed Djeha l’a appris à ses dépens: S’il se prenait ailleurs pour Djeha, le personnage de la littérature et de la mythologie populaire arabe, en Algérie il ne s’en sortira pas de Beit S’khouna du hammam.
Mais, le journaliste, Xavier Monnier, soutient que Djeha ainsi que d’autres personnes imaginaires n’ont pas été emprisonnés à leur entrée en territoire algérien en déclarant « c’est qu’ils ne sont pas en prison ». Si Xavier a raison, Napoléon n’est plus aussi dans sa tombe.
Xavier a oublié qu’après l’arrestation de Djeha à Oran, Darmanin, alors ministre de l’Intérieur a salué cette prise majeure, tout en se déplaçant par la suite en Algérie, le 5 novembre 2023, afin de consolider la coopération judiciaire bilatérale pour traquer les chefs des réseaux criminels comme la DZ Mafia.
La DZ Mafia organiserait-elle en partie son trafic depuis l’étranger ? Oui, elle l’organise depuis l’étranger et comme tout le monde le sait c’est à partir des royaumes de tous les vices où des membres de cette coalition de gangs ont été arrêtés, comme les Emirates arabes et le Maroc, qui accordent refuges aux trafiquants de tout genre contre blanchiment de leur argent dans les domaines de l’habitat, l’or et autres domaines rapporteurs aux pays d’accueil.
Même en France on trouve un blanchiment sonnant et trébuchant à travers une corruption des agents de l’Etat, (douanes, police, tribunaux, agents pénitenciers, administration…) et des politiques contre la came extra pour les soirées.
Qu’on demande à Gérald Fauré proclamé «dealer du Tout-Paris», « prince de la coke» et « dealers des Stars » pour nous éclairer de tout cela.
Quant à l’allégation «L’Algérie est l’un des derniers endroits où les narcotrafiquants peuvent se réfugier», elle a commencé à prendre forme depuis l’arrestation de Djeha et amplifiée par des politiques et médias.
Actuellement, il purge sa peine dans les cellules algériennes coupé de sa base.
Mais ce n’est pas Djeha qui semble intéresser les autorités françaises. Celles-ci concentrent désormais leur attention sur un certain Laribi, dit «Tic», que certains responsables politiques et une partie des médias français propulsent au rang de chef de la DZ Mafia et considèrent en Algérie. Pourtant, un an auparavant, ces mêmes acteurs désignaient Amine Oualane, alias « Mamine », comme le principal dirigeant de cette organisation.
Or, celui-ci avait bénéficié, en 2023, d’un « aménagement de peine » sous la forme d’une « permission de sortie », alors qu’il purgeait une condamnation à dix ans d’emprisonnement. Il n’a cependant pas réintégré son établissement pénitentiaire, transformant cette mesure en une véritable « évasion administrative ».
Ce n’est qu’en novembre 2023 qu’il a finalement été interpellé, avant d’être mis hors de cause dans une affaire en avril 2026. Cette séquence intervient précisément au moment de l’émergence de la DZ Mafia et de la guerre particulièrement meurtrière qui l’opposait au clan Yoda, période durant laquelle Marseille a enregistré un nombre record de 49 narchomicides.
La concomitance entre cette permission de sortie, l’évasion qui s’ensuit, son arrestation en novembre 2023, l’affaiblissement du clan Yoda et la montée en puissance de la DZ Mafia « soulève des interrogations » et « jette une ombre massive sur le dossier ».
Que ce soit une manipulation délibérée des services de l’État ou une faillite totale de l’administration pénitentiaire, cette évasion administrative de 2023 reste l’un des points les plus obscurs. Y a t’il anguilles sous roches ? :
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La DZ Mafia a été créée par des personnes en prison, comme si ce lieu est le plus indiqué pour créer une organisation du narcobanditisme, sans qu’aucune information ne filtre véritablement au personnel pénitentiaire pour endiguer le phénomène et démanteler leurs réseaux de commandement, toujours dans leurs cellules.
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Ainsi, la prison est un berceau et quartier général permettant de continuer à piloter le trafic marseillais à distance. Une question peut se poser : est ce un Système d’Etat instauré qui a permis de démanteler le clan Yoda et de contrôler le narcobanditisme ?
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Pourquoi la France cherche Laribi maintenant et pas avant, s’il était le chef de DZ Mafia ? Eh bien, il semble maintenant qu’il a accompli sa mission en décimant le clan Yoda dont le chef, Félix Bingui, a été extradé à partir du Maroc vers la France en 2025 puis condamné le 5 juin 2026 à 12 ans de prison, à une amende de 200 000 euros et s’est vu confisquer son appartement à Dubaï.
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En d’autres termes, c’est un « roman noir ou polar » qui mêle « une affaire de chapeau » et une situation où « ça sent le bouquet ».
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Le procès de l’affaire de 14 avril 2026 par la cour d’assise traitant l’assassinat narcotrafiquant Farid Tir en 2019 (bien avant la création de la DZ) soulève la question des moyens dont dispose le donneur d’ordre (un des fondateurs de la DZ) en prison, condamné à 10 ans depuis 2016, mais qui gère ses affaires à partir de sa cellule avec des moyens qu’il a pu se procurer dans un établissement pénitencier, chose pas évidente mais le « Système d’Etat » ou mieux encore « Raison d’Etat » oblige.
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Et d’autres plusieurs questions peuvent se poser.
c- Dire que la DZ Mafia contrôle 84 des 89 points de deals à Marseille suppose que ceux qui luttent contre le narcobanditisme vivent dans un autre monde et une autre ère ; ou bien cherchent t’ils un éventail aux fins de désigner un bouc émissaire.
La DZ ne peut gérer et contrôler à elle seule le trafic de rue, « le sur-place », du fait que le banditisme traditionnel corso-marseillais, le clan des Gitans, les Blacks, le clan Yoda conservent toujours une influence majeure en amont, et ont adapté leurs actions et méthodes à la situation. Même le gang « La Black Manjak Family (BMF) » de Normandie a étendu ses activités vers la ville phocéenne.
Les points de deals ne sont plus des lieux de compétition ou de guerre entre gangs narco-criminels. Ces derniers se sont adaptés et recourent actuellement à des moyens sécurisants et impersonnels comme :
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La Nacrolivraison : C’est la livraison à domicile à travers ce qui est appelé «Ubershit» ou «Ubercocaïne». Cette évolution des réseaux de trafic a influé aussi celles des habitudes de consommation de drogue.
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Les Dark Web et Cryptomarchés : C’est des interfaces graphiques pour des sites de vente de stupéfiants accessibles via des réseaux chiffrés, comme « Tor », à l’image d’un e-commerce légal. Dans ce cadre, des logos et des symboles, conçus, ont été imprimés sur les emballages pour de l’authenticité de leur marchandise (drogue) sur le marché. Dans ce marché virtuel de drogue on trouve aussi la messagerie Potato, Telegram, WhatsApp et Signal come plateforme d’achat.
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L’usage des applications numériques et des messageries instantanées par les trafiquants de drogues se généralise et se perfectionne. A cet effet des sites web « vitrines » ou des sociétés écrans ont été créées pour le blanchiment d’argent.
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Le recourt à une alternative à la cocaïne : Devant la lutte menée contre la cocaïne, les clans du narcobanditisme ont trouvé dans la drogue synthétique, comme le fentanyl, les amphétamines, l'ecstasy, la cathinone, la kétamine et les opioïdes une alternative moins encombrante pour répondre aux consommateurs.
Devant la demande en drogue synthétique qui se fait sentir en France, le Cartel mexicain Sinaloa a installé dans le Var, avec la complicité de français, une unité de fabrique de la drogue synthétique.
Enfin, ériger la DZ Mafia en épouvantail, qui ne serait même pas capable de sécher une goutte de sueur sous la canicule qui frappe aujourd’hui la France, ne résout en rien le problème du narcotrafic et de la criminalité organisée. Pour réellement « rafraîchir » le climat sécuritaire, il conviendrait plutôt de s’attaquer aux principaux acteurs qui alimentent les marchés français et européen des stupéfiants comme la maroco-néerlandaise Mocro Maffia, la mafia albanaise, les groupes criminels serbes, les gangs de motards dits « 1 % », certains réseaux de la mafia israélienne, ainsi que la ’Ndrangheta italienne qui est largement considérée par de nombreux spécialistes comme le principal courtier européen de la cocaïne.
Tant que ces grandes plateformes logistiques, financières et criminelles continueront d’approvisionner l’Europe, les gangs des cités françaises, qu’il s’agisse de la DZ Mafia ou d’autres, ne demeureront que les derniers maillons d’une chaîne d’approvisionnement dont ils ne maîtrisent ni les sources ni les flux.
Autrement dit, si la Mocro Maffia, la mafia albanaise et les autres grands importateurs européens ferment les vannes de l’approvisionnement, les gangs des cités françaises, qu’il s’agisse de la DZ Mafia, de Yoda ou d’autres, n’auront tout simplement plus de marchandise à écouler.
L’épouvantail n’est qu’un oripeau rhétorique destiné à distraire l’attention. Car la vérité finit toujours par rattraper le mensonge. Encore faut-il consentir à remonter les filières et à pénétrer les arcanes du « Système d’État », édifié au nom de la raison d’État, là où le discours officiel cesse parfois d’expliquer les faits pour mieux en organiser la dissimulation.
Enfin, en géopolitique comme en justice, un mirage n’est pas un point d’eau, et un récit ne vaut jamais une preuve.
Lire Parties 1, 2, 4 & 3 :